Les premières traces de fréquentation humaine du sous sol ardéchois, remonte à plus de 30 000 ans, avec les peintures de la Grotte Chauvet ! Mais la spéléologie est définie comme l’étude des cavités naturelles et des cours d’eau souterrain. Cette activité nécessite donc de faire des observations qu’il faut ensuite retranscrire sur un support (topographie, publications). C’est Edouard Alfred Martel qui est considéré comme le fondateur de cette activité en France, avec la traversée de Bramabiau (Gard) en 1888. Mais avant lui des précurseurs avait commencé le travail et ceci même en Ardèche.

Les prédécesseurs

Les premières investigations souterraines nous sont révélées, dans les écrits de l’abbé Giraud-Soulavie en 1780. Dans la publication « Histoire naturelle de la France méridionale. Histoire naturelle du Vivarais », il expose plusieurs facettes de la spéléologie au cours de visites de grottes dans le secteur de Vallon Pont d’Arc.

Jules de Malbos (1782-1867), géologue et archéologue, est né à Berrias. Il décrira une centaine de cavités dans la bande de calcaire qui s’étire de Saint André de Cruzière à Joyeuse. Il mène des explorations en solitaire, inventorié dans « Notice sur les grottes du bas Vivarais », véritable acte de naissance de la spéléologie ardéchoise écrit en 1854.

Jules Ollier de Marichard (1824-1901) est né à Vallon et se passionne pour la géologie et la préhistoire. Son œuvre est considérable car, outre l’abondance du mobilier archéologique découvert, le nombre élevé de cavités fouillées, il impulse un essor prépondérant à l’archéologie des cavernes. Ses publications sont nombreuses.

Charles Mazon (1828-1908), alias Docteur Francus, est l’auteur d’un livre intitulé « Voyage le long de la rivière Ardèche » publié en 1885. Parmi les nombreux sujets abordés, on trouve la géologie et les grottes. Dans le chapitre V, il cite, les grottes nouvelles de Vallon, de Louoï, du Déroc et de Cayre Cret, Saint-Marcel, lieu des premières excursions « touristique souterraine».

Edouard Alfred Martel (1859-1938) est accompagné de G. Gaupillat et Louis Armand pour son unique campagne ardéchoise en août 1892. Il effectue la topographie de Saint-Marcel et des sources voisines. Plus en amont sur le plateau, ils explorent l’aven de Vigne Close et l’aven Marzal. C’est ensuite les premières explorations spéléologiques de l’Event et de la Goule de Foussoubie. Gaupillat poursuivra seul les recherches spéléologique, plus en amont, sur les traces de Malbos dans la cuvette de Saint André de Cruzière.

Robert de Joly (1887-1968) est à l’origine d’une nouvelle ère de la spéléologie. Son organisation méthodique de campagne facilitée il est vrai par sa fortune personnelle, le conduit à poursuivre l’œuvre inachevée de Martel. On peut regretter qu’il n’ait pas laissé de traces livresques comparables. Une série de campagne d’exploration (1933 à 1938) mèneront De Joly du secteur d’Orgnac où il explore l’Aven d’Orgnac sur indications des villageois en 1935, au Coiron, en passant par le secteur de Vallon Pont d’Arc, le plateau de Saint Remèze et la rive droite de Gorges de l’Ardèche. De Joly s’intéresse aussi à la cuvette de Saint André de Cruzière.
En 1947, De Joly conclura sa série de campagne ardéchoise en éliminant grâce au génie militaire, le bouchon stalagmitique qui avait stoppé les explorations dans la grotte de Saint-Marcel dont Martel. Il inaugure là une nouvelle technique : la désobstruction, qui va devenir chose courante pour les générations de spéléologues à venir.

En 1952, Michel Letrone du Clan de la Verna (Lyon) franchit plusieurs siphons à la Baume du Pêcher (Labeaume) et inaugure ainsi les techniques de plongée souterraine en Ardèche, repoussant ainsi plus loin les limites de l’exploration spéléologique.

Le développement et la structuration

Jean-Charles Trébuchon (1929-2001) quitte Paris en 1952, et débute sa carrière d’explorateur en Ardèche sur les traces de De Joly « mon Maître ». En 1954, Trébuchon quitte la grotte de la Madelaine pour devenir le guide officiel de la grotte des Tunnels où il propose aussi des visites plus sportive dans des grottes et avens non aménagées : C’est le début du guidage spéléo. En 1958, il fonde le Camp des Gorges (Vallon Pont d’Arc) puis le Centre de Spéléologie qui organisera pendant vingt ans des stages de spéléologie. Un grand nombre de cadre sont aujourd’hui encore des spéléologues actifs.

En 1956, Jean Balazuc (1914-1994), docteur en médecine et spécialiste des coléoptères publie son fameux inventaire intitulé « Spéléologie du département de l’Ardèche », une référence encore inégalée.

En 1957, les premiers stages de formation de cadre plein air sont organisés à Vallon Pont d’Arc par le ministère de la Jeunesse et des Sports suivi en 1959, par les premiers stages de formation de cadre organisé pendant 10 ans par  la commission stage du Comité National de Spéléologie à Vallon Pont d’Arc. Commission qui deviendra l’Ecole Française de Spéléologie à la création de la Fédération Française de Spéléologie.

Le 27 mars 1965 le Comité Départemental de Spéléologie de l’Ardèche est crée avec comme président fondateur Jean-Charles Trébuchon.

Les présidents du CDS07 depuis 1965

L’année 1967 est marqué par la création de l’Association National des Guides et Moniteurs de Spéléologie à Vallon Pont d’Arc avec comme président Jean-Charles Trébuchon (qui quitte la présidence du CDS 07). Le Syndicat National des Professionnels de la Spéléologie et du Canyon ne sera crée qu’en 1988 et le Brevet d’Etat mise en place en 1992.

Gilbert Platier met en place le fichier départemental des cavités dans les années 70. Aujourd’hui, toujours actif le fichier recense plus de 3500 références et Gilbert continue à topographier inlassablement pour le bénéfice de tous.

Les épopées !

En 1959, le SCUCL (Belgique) et le SCL (Paris) franchissent le siphon 0 de la Goule de Foussoubie et marque ainsi le début d’une épopée qui durera plus de 20 ans. Le réseau de Foussoubie développe aujourd’hui 23 kilomètres de galerie entre la Goule et l’Event.

En juillet 1964, à la Grotte de Saint Marcel, après l’exploration du réseau I par Martel et De Joly, le réseau II (réseau Courbis) et réseau III sont découvert. Robert Courbis prendra contact avec le Spéléo Groupe Forez (Loire) avec qui il poursuivra les explorations de ces réseaux.  Le réseau IV est découvert en 1976. L’exploration de la Grotte de Saint Marcel se poursuit encore aujourd’hui grâce aux plongées souterraines essentiellement, pour atteindre 53 kilomètres de développement.

En 1976 l’aven de Combe Rajeau est découvert sur le Coiron. Sous l’impulsion de Robert Courbis qui a rejoint le Spéléo Club d’Aubenas les explorations vont se poursuivre jusque dans les années 90 et mettre ainsi à jours un réseau de 11 kilomètres de développement pour un dénivelé de 250 mètres de profondeur.

Les plongées profondes

Le développement des techniques de plongée souterraine ont permis depuis les années 1990 de repousser toujours plus loin les limites de l’exploration de la zone noyée du karst. D’abord avec l’utilisation de mélange, puis depuis quelques années avec l’utilisation de recycleurs, les spéléonautes ont franchi la côte des -200 mètres à la Goul de la Tannerie(Bourg Saint Andéol). Actuellement, une dizaine de siphon dépasse la côte des 50 mètres de profondeur et les 500 mètres de développement. Ce type d’exploration n’est pas sans engagement. Il faut se souvenir du 3 octobre 2010 où Eric ESTABLIE se retrouve bloqué de l’autre côté d’un éboulement  de gravier dans un siphon en cours d’exploration à la Dragonnière de Gaud. Il faudra une dizaine de jours à Rick STANTON et John VOLANTHEN pour franchir cet obstacle et retrouver Eric ESTABLIE sans vie. Sans suivi une importante opération de solidarité (OSEE) afin de poursuivre l’exploration du Puits de Ronze, dans l’espoir d’atteindre la zone noyé et le corps d’Eric. Après plus de trois mois d’effort, l’opération est stoppé, sans avoir atteint la zone noyé de la Dragonnière de Gaud.

Les ardéchois exportent leur savoirs faire !

Avec la création du CDS 07, les spéléologues ardéchois s’ouvrent vers d’autres horizons spéléologiques et exportent leur savoir faire. Ils explorent dés 1967, le gouffre d’Engins qui deviendra le Sicalet de la Fromagère (Isère). De 1972 à 1974 les ardéchois participent à l’exploration du Cambou de Liard (-935 mètres) et du Gouffre André Touya (-943 mètres) dans les Pyrénées Atlantique.

Plus récemment les ardéchois ont participé aux explorations de la Torca del Cerro (-1575 mètres) en Espagne, du Scialet Zakapouët (-655 mètres) en Isère et à des expéditions au Maroc, en Turquie, en Papouasie Nouvelle Guinée, et dernièrement en Patagonie Chilienne…

Enfin depuis une dizaine d’année, le CDS07 s’est positionné comme acteur dans la gestion d’espace naturel et plus particulièrement du milieu souterrain. Riche d’une importante documentation et d’une forte expérience, le CDS07 a mis en place de nombreux partenariats avec d’autres acteurs du milieu souterrain. Il s’agit maintenant d’étendre et d’institutionnaliser ce réseau, afin que la spéléologie et les spéléologues soient connus et reconnus comme des acteurs indispensable à la bonne gestion du milieu souterrain pour la conservation de ses patrimoines.